23 juillet 2008

les lundis de la santé à Brest

 divers interventions dont celle de l'ADMD du Finistère

pour écouter :

http://www.forumsantebrest.net/spip.php?article160

22 juillet 2008

notre prochaine réunion mensuelle à Vannes

          NOTRE PROCHAINE RENCONTRE à VANNES

Elle se tiendra le Vendredi 1er août 2008 à Vannes à 14h30 :

SALLE COMMUNALE DE KERCADO
Place de Cuxhaven
(non loin du poste de police de Kercado)


Nous comptons sur vous.

Vous pouvez nous contacter au : 02.97.47.94.02 ou par mail : admd.morbihan@laposte.net

M. Leonetti : "La loi peut répondre à la demande de mort en fin de vie"

le gouvernement a chargé d'une mission de réévaluation de la loi sur la fin de vie du 22 avril 2005, Jean Leonetti, député (UMP, Alpes-Maritimes). Il dresse un bilan d'étape de ses travaux après trois mois d'auditions. Avec Gaëtan Gorce (PS, Nièvre), Michel Vaxès (PCF, Bouches-du-Rhône) et Olivier Jardé (Nouveau Centre, Somme), il rendra ses conclusions en octobre 2008.

26 SEPTEMBRE 2003. Décès de Vincent Humbert, ce jeune tétraplégique qui réclamait le droit de mourir, après que sa mère et son médecin lui ont fait une injection de barbituriques.
22 AVRIL 2005. Adoption de la loi sur la fin de vie, dite loi Leonetti. Elle proscrit l'acharnement thérapeutique, autorise l'arrêt des traitements quand le patient le demande et permet le soulagement de la douleur, au risque d'entraîner la mort.
17 MARS 2008. La justice refuse à Chantal Sébire, une patiente atteinte d'une tumeur incurable, le droit de se faire prescrire un produit létal.
19 MARS 2008 Chantal Sébire se suicide à l'aide d'un puissant barbiturique. Une enquête judiciaire est ouverte.
16 AVRIL. Premières auditions de la mission de réévaluation de la loi sur la fin de vie.

Que retirez-vous des auditions de médecins, juristes, philosophes et patients que vous avez menées depuis avril ?

La loi sur la fin de vie est encore très mal connue, même dans le milieu médical. Elle a été parfois mal comprise, dévoyée, voire détournée. Le fait que beaucoup de gens continuent à mourir en souffrant à l'hôpital, alors que la loi autorise le double effet, c'est-à-dire le fait de calmer quelqu'un même si cela entraîne la mort, est scandaleux. Je considère que dans l'affaire Pierra, du nom de ce jeune homme plongé en état végétatif qui a convulsé atrocement après avoir été débranché, on est dans une situation de "laisser crever". Dans la loi, on parlait de "laisser mourir", par opposition au faire mourir. A aucun moment, on a pensé que cela conduirait à un abandon.

 

Si la médecine décide d'arrêter les traitements, parce qu'elle estime qu'il n'y a plus rien à faire, il faut qu'elle aille jusqu'au bout de sa démarche et accompagne jusqu'à l'endormissement. Nous pouvons éviter les longues agonies pénibles, offertes en spectacle à des proches désemparés. Le médecin doit préserver la dignité du mourant : la sédation terminale n'est pas inscrite dans la loi ou le règlement, mais s'il faut l'écrire, on le fera.

 

Qu'en est-il de l'idée de créer une exception d'euthanasie, autorisée par un comité d'experts, pour les malades incurables qui réclament la mort ?

 

L'idée est séduisante, mais elle se heurte à plusieurs obstacles juridiques. De quel droit, des experts, placés au-dessus des citoyens, pourraient dire si une personne peut mourir ou non ? Et s'ils refusent, devant quelle instance faire appel ? Quant à instaurer une exception d'euthanasie a posteriori, pour les personnes qui auraient tué un proche par compassion, par exemple, les juristes y sont très réticents. Il nous paraît préférable de laisser aux juges l'opportunité de traiter ces affaires. Quitte à les aider dans leur réflexion, dans un dialogue avec des experts, pour que certaines affaires n'aillent pas jusqu'en cour d'assises.

 

Que répondre aux malades incurables qui réclament la mort ?

 

La demande de mort existe en France, il ne faut pas la nier. Mais, selon moi, quand elle s'exprime à quelques mois ou semaines de la fin de vie, la loi actuelle peut y répondre. Pourquoi accepter de tuer quelqu'un alors qu'on peut, avec l'arrêt des traitements et l'accompagnement sans douleur, lui offrir une fin de vie apaisée ? Au travers de la demande de mort, il faut entendre des appels à l'aide sur des souffrances qui peuvent et doivent être soulagées. Si la personne en fin de vie est entourée, accompagnée, si on lui ôte ce sentiment d'être inutile et néfaste à ses proches ou à la société, alors souvent, la demande de mort disparaît.

 

Et pour les cas comme Chantal Sébire, qui demandait la mort alors qu'elle n'était pas en fin de vie ?

 

Chantal Sébire refusait les soins, elle refusait toute hospitalisation et demandait en somme un suicide assisté. Or, à nos yeux, le suicide doit rester une liberté et non devenir un droit opposable. Car, si on ouvre cette porte, comment limiter et restreindre ce droit à la mort, comment le cantonner ? Une société qui donnerait la mort à tous ceux qui la demandent serait dans une situation extrêmement dangereuse. Je suis très réticent là-dessus.

Au-delà des cas exceptionnels, il ne faudrait pas occulter les "mal-morts" qui sont trop nombreuses en France. Un quart des personnes seulement meurent entourées de leurs proches à l'hôpital. Nous préconisons la création d'un observatoire sur la fin de vie, afin de savoir comment les personnes sont accompagnées, quels médicaments leur sont administrés. Nous devons utiliser tout l'éventail des possibilités thérapeutiques, afin que, pour chacun d'entre nous, la mort soit la plus sereine et apaisée possible.

Propos recueillis par Cécile Prieur

16 juillet 2008

Mère d’un polyhandicapé et meurtrière par «grand désespoir»

16/07/2008

SOCIÉTÉ - Elle a laissé un mot à sa fille. Où elle explique pourquoi elle voulait quitter ce monde et emmener avec elle son autre enfant, Pierre, 38 ans, polyhandicapé moteur et cérébral, dont elle s’occupait seule depuis la mort de son mari. Dans ce mot, elle demande pardon. Et évoque le fait de ne plus vouloir être une charge. Lundi, en fin de matinée, elle a pris une taie de traversin et a étranglé son fils. Puis elle s’est assise dans la baignoire pleine d’eau…

Elle est restée ainsi, prostrée, plusieurs heures. C’est ainsi que sa fille et son gendre l’ont trouvée en début d'après midi, dans la maison familiale de Claix, bourg rural et résidentiel sur les hauteurs de Grenoble (Isère).

Eliane D., 64 ans, a reconnu avoir tué son fils. «Elle ne pouvait plus s’occuper de lui, mais elle ne supportait pas l’idée qu’une institution le prenne en charge. Elle s’en était occupé toute sa vie et s’en sentait dépossédée», dit Jean-Yves Balestas, son avocat.

Abandon. En état de choc, Eliane D. a été brièvement hospitalisée avant d’être placée en garde à vue. Elle devrait être mise en examen aujourd’hui pour homicide volontaire. Le parquet ne devrait toutefois pas demander son placement en détention. Examinée hier par des psychiatres, son avocat aimerait qu’elle soit hospitalisée car il craint qu’elle soit déterminée à mettre fin à ses jours. Jean Philippe, le procureur de la République de Grenoble, évoque une femme en «état de choc», «dans un profond sentiment d’abandon». Selon lui, les premiers éléments d’audition et le mot écrit par Eliane D. laissent à supposer qu’elle envisageait de se suicider après avoir tué son fils. Il n’est pas question ici d’euthanasie. Juste d’un «grand désespoir», selon les mots du procureur. Son avocat parle «d’un geste de grande solitude».

Depuis la mort de son mari en janvier, Eliane D. ne voyait plus personne. Et passait ses journées seule avec son fils. Elle ne quittait guère sa maison, une bâtisse un peu isolée sur les hauteurs de Claix où elle et son époux s’étaient installés il y a une quinzaine d’années lorsqu’il avait pris sa retraite. Ils avaient quelques amis dans le village, sans plus. Passaient leur temps à s’occuper de Pierre. Un des voisins du chemin, Paul-Jean Gorgy avait auparavant l’habitude de leur rendre visite toutes les semaines. «Je montais, je disais bonjour au fils comme si c’était une personne vivante, ça leur faisait plaisir je crois. Mais depuis que le mari est mort, je n’ai plus vu personne. Cela a dû être très dur pour elle de devoir s’occuper du fils toute seule», explique le vieux monsieur. Le voisin n’a jamais posé de question sur la maladie de Pierre. Tout ce qu’il sait, c’est que «c’était une charge pour eux, même s’ils ne se plaignaient pas.»

Handicapé à 100 % depuis qu’il était bébé, Pierre D. ne parlait pas, ne marchait pas, ne se levait pas, ne mangeait pas seul… «Quand ils étaient encore tous les deux, parfois, ils arrivaient, en le tenant, à lui faire faire une petite promenade. Toute seule, elle ne pouvait plus.»

Etablissement. Depuis la mort du mari, la famille avait fait installer un lit médicalisé au milieu du séjour. Eliane ne pouvant porter son fils comme le faisait son mari. Une auxiliaire de vie venait aider un peu, «quelques heures par jour», selon le procureur. Francine, la fille, passait également régulièrement soutenir sa mère. Mais, jeune maman, elle aurait eu désormais un peu moins de temps, mais s’inquiétait de la prise en charge de son frère. Eliane levait Pierre, le nourrissait, le couchait. «Elle n’y arrivait plus», dit le procureur. Dernièrement, il avait été décidé de réfléchir à placer Pierre dans un établissement spécialisé pour l’accueil des polyhandicapés lourds, à Saint-Ismier, dans le même département. «La mère ne voulait pas en entendre parler, ils ont toujours voulu s’en occuper eux-mêmes», croit savoir le voisin. Ce n’était pas une question de moyens. Modeste, la famille n’était cependant pas dans le besoin.

Lundi, Francine, la fille, et son mari devaient justement passer à la maison de Claix prendre Pierre pour voir comment il pouvait être pris en charge. Lorsqu’ils sont arrivés, Pierre était déjà mort. Sa mère était dans la baignoire. Elle avait déjà écrit sa lettre d’adieu.

Alice Géraud, envoyée spéciale à Grenoble

08 juillet 2008

lettre à Gilles ANTONOWICZ


Lors de notre dernière réunion mensuelle du groupe de Vannes, nous avons évidemment parlé de votre démission. La réaction a été véhémente. Vous la trouverez en commentaire du titre "Je ne veux plus cautionner le suicide assisté" sur lefigaro.fr.
Quant à moi, rendu curieux de la façon dont Mireille Jospin avait mis fin à ses jours, vous m'avez donné l'idée de lire  "La dernière leçon" de Noëlle Chatelet, ce que je n'avais jamais fait. Il n'y a pas de mort plus digne, plus noble, même, de mon point de vue, que celle de Mireille Jospin. Je rêve de pouvoir aider mes enfants à faire le deuil de leur père comme elle a su donner cette dernière leçon à sa fille, en dépit du caractère fusionnel de la relation qui les liait..
Ces divergences philosophiques qui nous séparent, divergences qui sont proches de l'opposition radicale, stigmatisent la difficulté de trouver un projet de loi qui soit satisfaisant pour tout le monde.....Et pourtant, l'article 1er de l'ADMD n'a pas pris une seule ride en 28 ans. Il exprime EXACTEMENT ma vision - notre vision bretonne. Je m'interroge vraiment sur ce qu'il signifie pour vous.
Encore une fois, je ne vois rien de "l'utopie" et du "danger" que vous attribuez dans votre dernier mail au suicide assisté. Je suis vraiment avide de vous voir l'expliquer. Le suicide a le gros défaut de ne pas répondre à toutes les situations, les maladies de Charcot et autres paralysies motrices, mais il a l'avantage de répondre exactement à l'article 1 et d'esquiver les arguments les plus puissants, les plus déterminants, de nos adversaires:
- "tu ne tueras pas" (Christine Boutin )
- "la médecine n'est pas là pour tuer" (Rachida Dati et Roselyne Bachelot)
Je crois qu'il faut tenir compte des avis de nos gouvernant(e)s parce que bien rares sont les lois qui sont votées sans qu'ils(elles) les aient présentées.
Le suicide assisté, plus précisément la dépénalisation de l'assistance à un suicide humain préalablement légitimé, ce que vous avez demandé pour Chantal Sébire au Tribunal de Dijon, d'ailleurs, sera le premier pas, le moins difficile à franchir si on parvient à le démarquer du "droit de tuer". Depuis 1792 le suicide n'est plus un crime. Dès lors que la loi protège du suicide les plus fragiles et les plus démunis, tous les laïcs reconnaissent le droit au suicide au citoyen conscient et libre. N'est-ce pas parce que le droit à  l'euthanasie nuit au suicide assisté que nous tournons en rond depuis 25 ans et non pas l'inverse?
Telle est notre vision; mais s'il vous plait expliquez nous pourquoi vous la croyez erronée, tout aspect philosophique mis à part. Les arguments contradictoires ne peuvent venir que des contradicteurs, nous avons besoin de vous.
Merci.

 ADMD-Morbihan-Vannes

25 juin 2008

Chantal Sébire: enquête préliminaire pour "provocation au suicide

DIJON (AFP) — Le parquet de Dijon a ouvert une enquête préliminaire pour "provocation au suicide", 3 mois après le décès de Chantal Sébire, une mère de famille de 52 ans atteinte d'une tumeur incurable et qui demandait l'euthanasie, a-t-on appris mardi auprès du procureur de la République.

"L'enquête préliminaire a été ouverte le 20 juin dernier et confiée à la section de recherche de la gendarmerie de Dijon", a indiqué le magistrat, Jean-Pierre Alacchi, confirmant une information du journal Le Monde.

La première phase de l'enquête, "qui consistait à porter officiellement à la connaissance de la famille le résultat de l'autopsie et des analyses biologiques", est à ce jour terminée, a souligné le procureur.

Fin mai, M. Alacchi avait précisé à l'AFP qu'"à l'issue de cette première phase, il réexaminerait les éléments de l'enquête pour apprécier l'opportunité d'ouvrir une enquête préliminaire pour rechercher les conditions dans lesquelles Chantal Sébire a pu se procurer le produit qu'elle a utilisé pour mettre fin à ses jours".

Chantal Sébire souffrait d'une tumeur douloureuse qui lui déformait cruellement le visage et avait sollicité en vain de la justice le droit de recourir à l'euthanasie.

Elle avait été retrouvée morte à son domicile de Plombières (Côte-d'Or) le 19 mars dernier, après avoir absorbé une "dose mortelle" de barbiturique, accréditant la thèse d'un suicide.

16 juin 2008

230 millions pour les soins palliatifs

Les soins palliatifs vont bénéficier de 230 millions supplémentaires avec le plan annoncé par le chef de l’État. En 2012, 200 000 patients pourraient être pris en charge, contre 100 000 actuellement.


LE PLAN de développement des soins palliatifs annoncé par Nicolas Sarkozy prévoit de doubler d'ici à 2012 le nombre de patients pris en charge. «On va faire passer le nombre de personnes prises en charge de 100.000 à 200.000» en quatre ans, grâce à un plan de «230 millions d'euros», a indiqué le chef de l'État, en déplacement à Bourges. Ce budget s'ajoute aux quelque 550 millions d'euros déjà dépensés chaque année dans ce secteur, selon l'Élysée.

L'objectif du doublement de l'offre de soins passe par la création de 1.200 lits supplémentaires dans les unités de soins palliatifs des hôpitaux et la création de 75 unités mobiles qui s'ajouteront aux 337 intervenant actuellement auprès des malades.

Plus globalement, le président de la République souhaite introduire «une culture de soins palliatifs dans la formation médicale», «dès la rentrée universitaire 2008-2009». Il a aussi évoqué le soutien aux bénévoles, associations comme proches des malades, et a promis une «évaluation» de la loi de 2007 qui donne droit à 15 jours de congé aux personnes souhaitant accompagner des malades en fin de vie. Ce sont les franchises médicales qui devraient permettre de financer le plan de développement des soins palliatifs, parallèlement à la lutte contre la maladie d'Alzheimer.

Vigilance.

La Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) juge ces mesures «positives» mais se dit «vigilante» sur leur mise en œuvre. Selon Godefroy Hirsch, son président, «le développement et la diffusion d'une culture palliative chez les personnels médicaux, paramédicaux et les gardes à domicile, prendront du temps mais l'engagement de principe et l'impulsion politique montrés aujourd'hui sont importants».

L'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) se félicite de ce plan mais le juge insuffisant. «Ces moyens resteront insuffisants pour atteindre l'objectif idéal de 5 lits de soins palliatifs pour 100.000 habitants»,  affirme l'association qui regrette que le dossier de l’euthanasie n’ait pas été abordé à cette occasion. «Quels que soient la qualité des soins palliatifs et le dévouement de son personnel, il existe en France des personnes qui souhaitent terminer leur vie debout, chez eux, entourés de leurs proches», estime l'ADMD.

Nicolas Sarkozy a confié au Dr Jean Leonetti une mission d'évaluation de la loi de 2005 sur la fin de vie qui porte son nom. Le député devrait rendre son rapport d’ici à  l’été.

> STÉPHANIE HASENDAHL

Quotimed.com, le 13/06/2008

13 juin 2008

Un plan sur les soins palliatifs annoncé aujourd'hui

Un plan sur les soins palliatifs annoncé aujourd'hui

À Nantes, un réseau dépassé par son succès

Après bientôt dix ans de fonctionnement, le réseau de soins palliatifs Respavie* est victime de son succès. Venant en appui des soignants au sein d'établissements ou à domicile, l'équipe de ce réseau nantais est contrainte actuellement de « freiner » les sollicitations, faute de moyens suffisants. Autant dire que l'annonce que doit faire aujourd'hui Nicolas Sarkozy (voir encadré) est attendue avec impatience.

 Le Quotidien du médecin du 13 juin 2008

30 mai 2008

Jean Leonetti favorable à la dépénalisation des "homicides par compassion"

LEMONDE.FR | 21.03.08 | 13h53  •  Mis à jour le 21.03.08 | 18h09

D'après le député UMP chargé de l'évaluation de la loi sur l'accompagnement en fin de vie, "rien n'interdirait des dispositions spécifiques de dépénalisation de l'acte d'homicide dans des circonstances compassionnelles", comme cela a été le cas dans l'affaire Humbert.
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Arnaud : Concrètement, que propose la loi sur l'accompagnement en fin de vie ?   Jean Leonetti : Aujourd'hui, concrètement, ce qu'il est possible de faire, c'est d'abord de supprimer toute souffrance physique ou morale en fin de vie, même si c'est au prix de raccourcir cette vie.
Le principe est simple : la qualité de vie en fin de vie prime sur la durée de la vie. 
De manière concrète, cela signifie qu'on a le droit, et même le devoir, d'utiliser tous les moyens thérapeutiques possibles pour supprimer la souffrance, même si, par les produits utilisés ou par les doses utilisées, on est conscient que l'on hâte la mort. Sur le malade inconscient, on est en droit d'arrêter ou de ne pas mettre en œuvre des traitements qui apparaissent inutiles ou disproportionnés. Ou qui n'ont d'autre but que de maintenir le malade artificiellement en vie.  

Jen2604 : Pourquoi refusez-vous encore de rédiger un texte de loi permettant d'autoriser l'euthanasie active dès lors que le patient a été en mesure d'exprimer un consentement libre et éclairé, comme pour le cas de Chantal Sébire ?  

Jean Leonetti : Chantal Sébire était dans une situation que l'on peut beaucoup plus rapprocher d'une demande de suicide assisté que d'une euthanasie active. Donc sa demande, recevable en Suisse, l'est beaucoup moins en Hollande.  La demande d'euthanasie, c'est une demande qui dit : Je suis en fin de vie, je souffre trop, je vous demande d'abréger mes souffrances. La demande de suicide assisté, c'est plutôt quelqu'un qui dit : La vie que je mène ne vaut pas à mes yeux la peine d'être vécue, et je vous demande de m'aider à me supprimer.  Même si l'on voit qu'il existe des liens entre l'un et l'autre, le fait pour Chantal Sébire de refuser les soins palliatifs, de refuser les sédatifs, de refuser l'hospitalisation a mis la médecine devant l'impossibilité d'agir, puisque sa seule demande était une demande de mort.  

bric : Faire la différence entre "laisser mourir" et "faire mourir" est bien difficile parfois. Quand un médecin "débranche" par exemple un respirateur artificiel ou une sonde gastrique, comme la loi l'y autorise, on ne parle que de "laisser mourir" alors qu'il s'agit bel et bien d'un acte abrégeant délibérément une vie que l'on aurait pu encore prolonger...  

Jean Leonetti : La loi condamne l'acharnement thérapeutique et en même temps les traitements dont le seul but est le maintien artificiel de la vie. Elle permet donc désormais d'arrêter ces traitements, même si cela a pour conséquence la mort. Pour autant, même si le médecin qui arrête un respirateur n'ignore pas la conséquence de son acte, il ne provoque pas délibérément la mort par un acte médical, et respecte le code pénal français.  Il ne s'agit pas d'une hypocrisie, mais bien, au contraire, de clarifier l'action médicale, ses limites et la proportionnalité du traitement mis en œuvre. Il est par ailleurs évident que l'interruption d'un traitement qui maintient en vie doit s'accompagner d'un traitement palliatif, le plus souvent une sédation profonde, qui évite au malade de s'étouffer, de s'angoisser ou de ressentir la faim ou la soif.  

carpediem : Etes-vous favorable à une loi d'exception, pour les cas comme celui de Chantal Sébire ?  

Jean Leonetti : Aucune loi, dans quelque domaine que ce soit, ne résout tous les problèmes. C'est la raison pour laquelle aucune loi n'est définitive, et tout texte peut être amélioré.  En revanche, si l'on considère que la loi actuelle résout 95 à 99 % des cas de fin de vie, il faut s'entendre sur ce que serait éventuellement l'exception d'euthanasie. Cela correspondrait-il au droit au suicide assisté comme le prévoit la loi suisse ? à une procédure judiciaire particulière après un acte euthanasique qui permettrait à un juge de ne pas poursuivre les auteurs d'un homicide par compassion dans certaines circonstances ? ou s'agirait-il de la permission a priori de donner délibérément la mort à des patients pour lesquels les limites de la médecine, et en particulier des soins palliatifs, sont avouées par le corps médical ?  On voit donc bien que chaque cas est un cas particulier, et qu'avant de modifier ou d'interpréter la loi, il convient de clarifier de manière précise l'intention d'éventuels nouveaux textes législatifs.  

Lol : Et a priori, pour vous, à quoi cela correspondrait-il ?  

Jean Leonetti : La mission qui m'a été confiée par le premier ministre est une mission d'évaluation de la loi actuelle, mais qui porte aussi sur les éventuelles modifications qui pourraient y être apportées. J'ai donc bien l'intention à la fois de mieux faire connaître et respecter le texte législatif en vigueur – malheureusement souvent mal connu et mal appliqué par une partie du corps médical lui-même –, mais aussi d'explorer sans a priori toutes les pistes et toutes les propositions, de quelque endroit qu'elles viennent.  C'est cette méthode qui nous avait déjà permis de faire adopter un texte consensuel, et rien ne serait pire que d'avoir des certitudes personnelles, des a priori ou des interdits, qui rendraient vaines toutes capacités de lucidité dans l'évaluation ou les propositions.  

Nardo : L'euthanasie active existe chez nos voisins, qui sont des Etats de droit aussi recpectueux de la personne humaine que nous. Pourquoi ne pas s'inspirer de leur expérience ? Qu'est-ce qui nous différencie d'eux qui rendrait cette évolution dangereuse pour la société française ?  

Jean Leonetti : L'exemple le plus intéressant est l'exemple hollandais. A la fois sur la méthode utilisée et sur l'évolution de leur législation et de leurs mœurs. Lorsque nous nous sommes rendus en Hollande, nous nous sommes bien rendu compte que la loi de dépénalisation de l'euthanasie de 2001 avait été précédée de plusieurs étapes qui avaient obtenu le consensus de la population, ou du moins un large assentiment. En particulier, une étape avait consisté en des instructions données au parquet de ne pas poursuivre les cas d'euthanasie dans lesquels aucune intention égoïste n'était manifestée.  

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25 mai 2008

En Suisse, rendez-vous avec la mort



LE MONDE | 24.05.08 | 11h59  •  Mis à jour le 24.05.08 | 13h36

ntretien avec Ludwig A. Minelli, Directeur et fondateur de Dignitas, association suisse d'aide au suicide. Il est également ancien journaliste et avocat.

Beaucoup, en Suisse et ailleurs, estiment que le "tourisme de la mort" que vous organisez n'est pas acceptable. Que leur répondez-vous ?

En Suisse, on peut aider quelqu'un à se suicider tant que l'on n'est pas mû par un "mobile égoïste". Or j'ai toujours estimé que la mort volontaire assistée était un droit universel. Pourquoi devrais-je accepter d'aider une dame qui souffre d'un cancer à Genève, alors que je le refuse à une autre dame souffrant de la même chose à Annemasse, de l'autre côté de la frontière ? Cela ne tient pas debout d'un point de vue éthique. L'expression "tourisme de la mort", a été inventée par le procureur général de Zurich. En 1999, un an après la création de Dignitas, il disait : "Pourquoi est-ce que vous importez ces étrangers ?" Je n'accepte pas cette attitude, car je défends un droit de l'homme universel, garanti par le droit européen. Et d'ailleurs, est-ce qu'en Suisse on critique le tourisme bancaire, qui permet à des citoyens européens de ne pas payer leurs impôts ? Le tourisme naît de la différence entre l'offre et la demande.

Le 17 mai, vous avez fêté les dix ans de votre association. Combien de personnes avez-vous aidées à mourir ?

Nous avons eu 868 accompagnements, dont 85 % d'étrangers. Parmi eux, plus de la moitié sont allemands, puis viennent des Anglais, des Français, etc. En 2007, 141 personnes se sont suicidées, dont seulement 6 Suisses. Les associations Exit, elles, n'acceptent que des Suisses.

Le raisonnement d'Exit est de dire que l'aide au suicide - facturée par Dignitas 10 000 francs suisses (6 152 euros) - ne doit pas être une entreprise lucrative...

Dans nos statuts, nous prévoyons des réductions pour les gens qui ont des revenus modestes, et même la possibilité de ne rien payer. Du point de vue de la loi suisse, nous aurions pu créer une société anonyme et faire des profits. Mais si Dignitas est une association à but non lucratif, nous avons aussi besoin de fonds pour financer notre lutte pas seulement en Suisse, mais aussi à l'étranger. J'aimerais que les suicides assistés deviennent possibles partout en Europe.

Ce prosélytisme n'est-il pas une forme d'incitation au suicide ?

Au départ, nous ne disons jamais non. Dans nos sociétés, une personne suicidaire ne peut pas s'adresser à quelqu'un d'autre sans craindre d'être mise dans un hôpital psychiatrique. Nous, nous discutons, d'abord en cherchant des solutions en faveur de la vie. Si l'on arrive à la conclusion que le suicide est la seule possibilité, il se produit alors un phénomène étrange. Sur cent personnes qui reçoivent notre feu vert provisoire, à savoir qu'un médecin suisse s'est dit prêt à leur prescrire du Pentothal après consultation de leur dossier, seulement 12 % réalisent leur souhait de mourir. Environ 70 % d'entre elles ne nous rappellent jamais, alors que 18 % disent vouloir encore attendre. Quand ils savent que la porte de secours existe, les individus se sentent plus tranquilles, ils ont moins peur.

Vous allez jusqu'à parler de prévention du suicide. N'est-ce pas excessif ?

Oui, Dignitas prolonge souvent la vie de ses adhérents. Il y a quatre ans, un professeur allemand qui souffre d'un cancer m'a dit : "Je viens à Zurich, je me suicide. Vous avertirez ensuite ma femme." Je lui ai répondu que son épouse devait être au courant. Il lui en a parlé et, maintenant, tous les six mois, il prépare ses papiers pour venir et, une semaine avant, il nous appelle pour dire qu'il a encore des choses à faire. Sur les 7 368 demandes d'assistance au suicide enregistrées depuis 1998, seules 868 personnes sont passées à l'acte. Il y a une grande différence entre un suicide normal et une mort volontaire assistée. Dans le premier cas, le suicidaire ne parle à personne, et sa mort, brutale, est très dure pour son entourage. A Dignitas, nous conseillons à nos adhérents de discuter avec leur famille. Ils peuvent ainsi se dire adieu, et la phase de deuil se passe en général mieux.

En mars, le cas de Chantal Sébire a bouleversé la France. Que vous a-t-il inspiré ?

C'est un cas terrible. Mme Sébire nous avait contactés, mais elle a finalement pu se procurer du pentobarbital de sodium. Elle est morte trois jours après que le tribunal de Dijon a refusé de lui prescrire cette substance. Mais si l'on choisit la voie des tribunaux, il faut s'y prendre bien plus tôt, et l'on peut gagner. Je le conseille souvent aux différentes associations à l'étranger, car il est très difficile de trouver des majorités parlementaires pour changer les lois. Toute personne qui veut une mort volontaire peut invoquer l'article 8.1 de la Convention européenne des droits de l'homme, dont il découle que chacun a le droit de décider de la date et de la méthode de sa propre mort.

En 2006, un malade mental suisse est allé jusqu'au Tribunal fédéral (juridiction suprême suisse), qui a reconnu que les malades mentaux avaient eux aussi droit à un suicide assisté. Pourvu qu'une expertise psychiatrique prouve qu'ils ont une capacité de discernement et ne se trouvent pas dans un état dépressif. L'homme s'est adressé à 170 psychiatres dans la région de Bâle, tous ont refusé de l'aider. Alors il a saisi la Cour européenne des droits de l'homme.

Pourquoi de telles résistances ?

C'est une question de pouvoir. Certains milieux ne peuvent pas accepter qu'un individu ait la faculté de décider de sa propre mort. Les médecins ne l'acceptent pas, car cela va contre leur pouvoir sur les patients. Le suicide assisté va aussi contre les intérêts de l'industrie pharmaceutique, des Eglises et des responsables politiques. Nous-mêmes, nous avons des difficultés à agrandir notre réseau de médecins, composé de huit personnes.

En décembre 2007, une polémique s'est déclenchée en Allemagne, après que deux Allemands se sont suicidés, via Dignitas, dans leurs voitures sur un parking suisse. La chancelière a parlé de "sommet de l'impudence"...

mme Merkel était mal informée. Elle n'a pas compris la différence entre l'euthanasie active, interdite en Suisse, et le suicide assisté. L'euthanasie, c'est accepter qu'une personne en tue une autre, ce qui est possible en Hollande, en Belgique et bientôt au Luxembourg. Avec l'assistance au suicide, on ne brise pas le tabou de tuer un tiers. Quand ces deux Allemands sont venus à Zurich, nous n'avions pas d'appartements où les accueillir. Ils ont refusé d'aller à l'hôtel et ont proposé d'utiliser leurs voitures. Nous sommes allés à 1,5 km de ma maison. Il y a un grand pré et un restaurant fermé depuis des mois, avec un parking devant. A Berlin, la ministre de la justice a parlé de parking au bord d'une autoroute !

Dignitas choisit souvent la voie de la provocation. Cette année, vous avez organisé des suicides à l'hélium au moyen de sacs en plastique. Pourquoi ?

Dans certains cas, provoquer est le seul moyen d'avancer. Il faut replacer ces suicides à l'hélium dans leur contexte. Fin janvier, j'ai reçu une lettre du directeur de l'autorité de surveillance médicale de Zurich m'informant d'une nouvelle directive. Les étrangers doivent maintenant avoir plusieurs entretiens avec le médecin qui leur prescrit du pentobarbital. Ils doivent séjourner en Suisse plus longtemps, jusqu'à une semaine.

N'est-ce pas la moindre des choses ?

Encore faut-il que cela soit possible ! Certains étrangers arrivent en ambulance. J'ai eu le cas d'un Américain qui est venu dans un avion médicalisé. Si, maintenant, on allonge la procédure, faudra-t-il les hospitaliser ? Cela risque de coûter cher. J'ai donc dit aux autorités que nous nous réservions la possibilité d'utiliser l'hélium, qui permet une mort assistée sans ordonnance médicale. Ce gaz, qui prive la personne d'oxygène, ne provoque aucune sensation négative, même si, une fois plongée dans le coma, la personne a encore des réflexes oculaires, des soubresauts, ce qui n'est pas très agréable pour la famille. Nous avons aussi signalé au médecin cantonal qu'en donnant trop d'indications sur cette méthode qui est très efficace et accessible à tous, le nombre de suicides pourrait augmenter.

Pourquoi certains de vos adhérents ont-ils choisi cette méthode ?

Il y a eu quatre suicides à l'hélium. Les deux premiers cas n'ont pas été médiatisés. Il s'agissait d'un Français d'une soixantaine d'années venu de Lorraine. Il voulait en finir le plus vite possible, car il risquait à chaque instant d'avoir une attaque cérébrale. Il est venu avec sa compagne, nous avons beaucoup discuté.

Etes-vous en faveur de l'euthanasie ?

Je suis contre, sauf pour les malades d'Alzheimer qui, s'ils veulent un suicide assisté, doivent sacrifier un bout de leur vie, avant que la démence ne les frappe. Le système suisse n'est pas idéal, mais il est l'un des meilleurs au monde. En Hollande, la loi précise qu'il faut une relation bien établie entre le médecin et le candidat à la mort volontaire : si le médecin est contre l'euthanasie, vous vous heurtez à un refus. Aux Etats-Unis, le patient peut se procurer lui-même le médicament et le prendre, au risque de se rater faute d'instructions. Et s'il meurt avant, la substance reste dans son appartement, ce qui est dangereux. En Suisse, le pentobarbital reste toujours sous le contrôle de nos associations.

85 % des Suisses sont pour le suicide assisté, mais vous avez dû vous battre pour trouver de nouveaux locaux.

Personne ne veut que ça se passe près de chez lui. Moi, ce qui m'attriste, c'est que des gens très malades soient obligés de venir mourir à l'étranger. Ici, dans mon living-room, j'ai accueilli deux personnes. En 2007, nous avons dû partir d'un appartement à Zurich parce qu'une voisine s'est plainte. Après plusieurs refus, nous avons pu louer des locaux dans des bâtiments industriels à Schwerzenbach, près de Zurich. A 100 mètres du plus grand bordel de Suisse ! Nous cherchons aujourd'hui un immeuble à acheter.
Propos recueillis par Agathe Duparc Illustration Sardon
Article paru dans l'édition du 25.05.08


 

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