19 décembre 2008

Le droit de mourir à la française

Voici un article qui montre que tous les médecins « éthiciens » ne sont
pas dans l'obstination déraisonnable du dogmatisme aveugle et du
lobbying médical.

In « LIBERATION , « Rebonds », mardi 9 décembre 2008

Le droit de mourir à la française

A peine Jean Leonetti vient-il de rendre publiques ses conclusions sur l’évaluation de la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie que les passions se déchaînent. Certains se saisissent même de l’occasion pour donner des leçons de morale, ils appellent à une mobilisation éthique collective et à en finir avec le temps des vaines controverses. L’interpellation est violente. Serions-nous vraiment à l’aube d’un péril éthique ? Et les conclusions de M. Leonetti n’ont-elles pas vocation à plutôt inviter au débat qu’à le clore ? Il circule sur ces sujets aujourd’hui comme un parfum de prêt à penser bien-pensant et soi-disant consensuel qui fait frémir. Il devient urgent d’y résister.

Que penser d’abord de la menace d’un péril éthique collectif ? Les Belges, les Hollandais, les Suisses y auraient déjà cédé, nous dit-on, en légiférant qui sur l’euthanasie, qui sur l’aide au suicide. Chez eux, l’euthanasie serait banalisée, jusqu’à s’appliquer à des personnes atteintes d’Alzheimer ; et on accepterait d’aider au suicide des personnes âgées simplement parce qu’elles se disent fatiguées de vivre…

Mais comment ignorer que chez nous aussi, ici en France, il se rencontre, et souvent, des gens qui comme en Belgique, disent que s’ils ont vraiment la maladie d’Alzheimer, lorsqu’elle atteindra des proportions trop importantes, alors il faudra, je vous en supplie, que tout soit fait pour que cela s’arrête, qui demandent à l’écrire et que cela soit consigné dans leurs directives anticipées. Des gens qui ont si peur que cette volonté forte qui est la leur, mûrement pensée, anticipée, réfléchie et répétée, ne soit pas respectée, qu’ils demandent s’ils peuvent aller chez nos voisins pour accéder à ce qui reste aujourd’hui interdit en France. Il faut savoir aussi, qu’en France comme en Suisse, des
personnes âgées ou moins âgées disent en toute lucidité que cela suffit, qu’ils ont assez vécu, que la maladie chronique qui les mine depuis des années et qui reste pourtant à peu près contrôlée médicalement, fait qu’ils sont devenus las de leur vie, qu’ils refusent qu’elle devienne pour eux, et pour leurs proches, plus lourde et lancinante encore. Il y a probablement une certaine contrepartie à concéder aux progrès de la médecine. Elle fait vivre, certes, bien plus longtemps qu’auparavant, mais à quel prix ? Ne sommes-nous pas bien prétentieux à nous dire plus éthiques sur ce point que nos voisins ? Et si c’était eux qui l’étaient, d’avoir pris la mesure bien avant nous de ce que nous devons aux personnes malades du fait de la médicalisation des maladies et de la chronicisation sans fin qu’elle amène.

Les soins palliatifs eux-mêmes ont fait de tels progrès que l’on ne meure plus, et les hospitalisations sont de plus en plus longues, ce qui rend parfois interminable, voire insupportable, l’attente de la mort annoncée, pour celui qui est sur la rive, comme pour ceux qui l’accompagnent. Alors, où est la plus «évidente barbarie», est-elle vraiment davantage chez nos voisins que chez nous ?

La loi Leonetti maintenant. Elle ne saurait clore le débat sur les questions que soulèvent l’accompagnement de fin de vie et la mort, non plus que tous les travaux successifs qui s’y rapporteront. Ne serait-ce que parce que jamais aucune loi ne réussira à tracer une frontière étanche
entre ce qui est et ce qui n’est pas de l’euthanasie… Car comment appeler autrement qu’euthanasie ce qui survient lorsqu’on arrête de nourrir et d’hydrater quelqu’un pendant plusieurs jours, sciemment, pour et jusqu’à ce que mort s’en suive ? Le recours à cette extrémité est autorisé par la loi, celle qui est censée faire de nous des parangons de vertu éthique et démocratique, des chevaliers blancs de la défense des droits de l’homme.

Malheureusement, la réalité de la vie quotidienne sur ces questions est irréductible à tout schéma simpliste. Tous ceux dont c’est le métier de s’y confronter le savent. Les demandes de mort par arrêt d’alimentation et d’hydratation se multiplient aujourd’hui en France, parce que c’est souvent le seul moyen légal d’obtenir la mort que l’on souhaite ardemment pour soi ou pour l’autre, celui sur qui l’on veille mieux encore que sur soi-même. A chaque fois, la situation est singulière, exceptionnelle, dramatique, douloureuse et ne se résout qu’au prix d’un intense travail fait de dialogue et de confiance. Nous n’avons jamais vu, dans notre expérience, que ces questions soient traitées à la
légère.

Certes, ailleurs, c’est grâce à d’autres moyens que la mort est obtenue. Mais, fondamentalement, qu’y a-t-il de si différent ? Qui veut-on protéger à interdire ce que nos voisins ont autorisé ? Est-ce vraiment les personnes ? Sous couvert d’une loi dite relative aux droits des malades, ne protégerait-on pas davantage une idéologie dominante, à moins qu’il ne s’agisse de protéger une corporation dominante ?

Je ne sais pas s’il faut faire évoluer la loi Leonetti, peut-être en effet est-il trop tôt. Mais de grâce, évitons les leçons de morale et les caricatures. Pourquoi faudrait-il choisir son camp, soins palliatifs contre euthanasie ? La réalité, on l’a vu, est beaucoup moins manichéenne que cela. Je suis sûre, à l’inverse, que c’est en nous laissant bouleverser par la singularité et la diversité des situations concrètes, accompagnées dans leur intimité et leur complexité, que peut-être un jour nous arriverons à y voir plus clair. Chantal Sébire n’aurait accepté ni l’arrêt d’alimentation et d’hydratation, ni la sédation terminale, ni le contact référent avec un médecin de soins palliatifs que lui propose M. Leonetti dans son nouveau rapport…


Le débat, qu’on le veuille ou non, est loin d’être clos, il s’enflammera à nouveau à la prochaine histoire médiatique. S’il vous plaît, ne le fermons pas. Sur ce sujet, la route sera longue encore.

Débat à l’Institut Pasteur à Paris - «Mourir après la loi Leonetti» -, ce mardi à 19 heures, avec Gaëtan Gorce, membre
de la mission Leonetti, organisé par l’association Ethique clinique et société.

le Docteur Véronique Fournier, Directice
du Centre d'Ethique Clinique de l'Hôpital Cochin

 

16 décembre 2008

une enquête intérêssante !

Extraits d'une thèse de Doctorat en Sciences (Ethique médicale) soutenue par Renaud CLEMENT le 17 juin 2008 devant l'Université Paris V-René Descartes, intitulée:

QUE FONT LES MEDECINS FACE A DES DEMANDES DE MORT DE MALADES EN
SITUATION DE FIN DE VIE ?

Une enquête anonyme a été réalisée auprès de 534 médecins de Loire Atlantique (date non mentionnée). 127, soit un peu plus de 1 sur 4 a répondu (60% de généralistes, 26% de cancérologues et 14% de gériatres). Malheureusement, l'enquête n'a pas repris les questions de l'intéressante enquête portant sur le même sujet et faite par l'INED (Institut National d'Etudes Démographiques) de 2001 à 2003 dans
6 pays d'Europe, dont vous pourrez prendre connaissance à cette adresse: http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1223/publi_pdf1_...

Un biais peut être né de ce que ce sont les professionnels les plus intéressés par le problème traité qui ont répondu. Il faudra le prendre en compte dans l'utilisation de ces données..

Pour information, nous signalons que les médecins ayant répondu exerçaient à 64% dans des
cliniques privées, 13 % dans des établissements privés sans but lucratif, et 23% dans des hôpitaux
publics, sans que ces différents modes d'exercice aient montré quelque influence sur les réponses
obtenues.

Qui doit décider en fin de vie?
Le malade: 28 %
Le médecin 12 %
L'équipe de soins: 9 %
L'équipe de soins et la famille: 2 % (quelques cancérologues)
Tout le monde (toutes les personnes précédemment mentionnées): 34 %
Personne n'en a le droit: 6 %
Autre (« la nature », « le destin »)10 %

Aucun des gériatres ne pense que ce doit être le médecin; et ce sont eux les moins nombreux à
penser que la décision devrait être laissée au malade.
Quatre des 18 gériatres estiment que c'est l'équipe de soins qui doit décider en la fin de vie, mais
sans faire participer la famille.

Dans sa conclusion, l'auteur a écrit: « la fin de vie qui en décide ? en droit le patient, en fait le
médecin »

Connaissance des lois régissant la fin de vie.
Trois médecins sur quatre ne savent pas que l'euthanasie est interdite.
Prés de 60% des médecins ne connaissent aucun texte ou cadre juridique portant sur la fin de vie.
Quant à la loi Léonetti, seuls 20% des médecins savent qu'elle existe.
Cette ignorance de la législation est partagée dans les mêmes proportions par les trois modes
d'exercice (généralistes, cancérologues et gériatres), par ceux qui déclarent avoir pratiqué des
euthanasies comme par les autres.

Qu'est ce que « la fin de vie »?
Les définitions données de la fin de vie sont le suivantes:
L'approche de la mort : 37 %
« Toujours la vie »: 28 % (surtout les gériatres)
Moment où il n’y a plus de traitement: 17 % (surtout les cancérologues)
Intégration du temps (sans que l'auteur donne un sens précis à ce concept): 51 %
Altération de l’état de santé: 26 %
Autre: 10%

Qu'est ce que « l'euthanasie »?
Provoquer la mort à la demande du malade: 29 % des réponses
Donner la mort: 40 % des réponses
Abréger les souffrances: 19 % des réponses
Autre (par exemple: «répondre à un devoir d’humanité » ou « un mal »): 9 % des réponses

Avez vous déjà pratiqué l'euthanasie et combien de fois
(la durée de la pratique médicale des répondants tournant autour de 12 années -minimum 1 an, maximum 37 ans)?
Un médecin sur trois a dit avoir délivré des euthanasies (minimum 2, maximum 20, mais
certaines réponses n'ont pas précisé le nombre).

Qu'est ce qui marque le plus les médecins face une demande d'euthanasie?
La douleur: 70 % (plus particulièrement les généralistes)
L'incurabilité: 17 % (surtout les généralistes)
Le handicap: 20 % ( essentiellement les généralistes)
Le désespoir: 21 %
Le mal-être: 19 %
La lucidité: 27 % (très majoritairement les généralistes)
Autre: 9 %


Remarque personnelle: les praticiens, surtout les généralistes, sont plus humains que connaisseurs du
droit et c'est tant mieux!

15 décembre 2008

Prédire le risque d'Alzheimer 10 ans plus tôt

Une équipe INSERM de Bordeaux a étudié l'apparition des symptômes de la maladie d'Alzheimer. La maladie évolue silencieusement pendant près de 10 ans. Il serait possible de définir des populations à risque avant le stade de démence et même de poser le diagnostic trois ans plus tôt.

« L'intérêt de notre étude est d'apporter une preuve argumentée qu'il existe une phase longue et silencieuse dans la maladie d'Alzheimer », explique Héléna Amiéva, INSERM U897 à Bordeaux et premier auteur de l'étude de cohorte de 14 ans sur l'émergence des symptômes cliniques de la maladie.

« Même si les symptômes ne sont pas visibles à l'œil nu, ils sont présents et décelables à l'aide de certains tests. Près de 10 ans avant le stade de démence, il est possible de définir des groupes de sujets à risque d'évoluer vers une maladie d'Alzheimer. L'étude montre même que le diagnostic pourrait être posé trois ans plus tôt puisque tous les symptômes sont présents. » Ce qui pourrait avoir des conséquences immédiates pour le suivi et, à l'avenir, pour le traitement.

› Dr I. D.

Quotimed.com, le 12/12/2008

Fin de vie : Jean Leonetti s’explique

À l’heure où le débat sur la fin de vie est régulièrement relancé à travers des cas très médiatisés comme celui de Chantal Sébire ou, il y a quelques années, de Vincent Humbert, le Dr Leonetti, pour les sites quotimed.com et univadis.fr, s’explique. Et il n’y va pas par quatre chemins : oui, sa loi de 2005 sur la fin de vie est mal appliquée, non le " droit de mourir " n’est pas la solution. Il s’adresse aux médecins pour leur permettre d’adopter l’attitude pratique la plus opportune face à ces situations complexes et, chaque fois, individuelles.

interview pour le journal "le quotidien du médecin" à écouter :

http://www.quotimed.com/web/index.cfm?fuseaction=viewvide...

10 décembre 2008

Marie-Rose Ginet a été acquittée

Elle avait empoisonné son mari hémiplégique, avant de tenter de se suicider à son tour. Cette septuagénaire a été acquittée mercredi par la cour d'assises de l'Isère. Les jurés ont en effet estimé que Marie-Rose Ginet, 70 ans, avait bien empoisonné son mari, un hémiplégique "en phase terminale", en lui administrant une dose mortelle de somnifères en 2005. Mais selon la cour, la femme a agi sous "la contrainte" et est donc pénalement irresponsable de son acte, conformément à l'article 122-2 du code pénal.

Les faits remontent au 10 juillet 2005. Ce soir-là, Marie-Rose avait introduit une dose d'Imovane dans la sonde gastrique de son époux, Paul, 71 ans, avant d'absorber 18 cachets du même somnifère. La femme avait ensuite ouvert la bouteille de gaz à leur domicile de Saint-Michel-de-Saint-Geoirs. C'est le lendemain matin qu'elle a été découverte inconsciente par l'infirmier de la famille, assise dans un fauteuil à côté du lit où gisait son époux décédé.

Un peu plus tôt dans la journée de mercredi, "une peine aussi symbolique que possible" avait été requise à l'encontre de la septuagénaire. Marie-Rose Ginet "a bien intenté à la vie de Paul Ginet", a souligné l'avocat général, Pierre-Marie Cuny. "Mais j'estime que la sanction doit tenir compte des éléments d'humanité, du calvaire et de l'impasse" dans laquelle se trouvait la femme. Le magistrat a évoqué "la vie de souffrances, de sacrifices, de services" de cette mère de deux enfants myopathes, décédés à 18 et 21 ans, qui s'occupait à domicile de son époux, hémiplégique à la suite d'un accident vasculaire cérébral en 2004. "L'homicide suivi du suicide s'est imposée comme la seule solution à ses yeux pour régler ce dilemme", a conclu le magistrat.

(D'après agence)

09 décembre 2008

La Déclaration universelle des droits de l’homme a 60 ans

La Déclaration universelle des droits de l’homme a 60 ans

« Tout a commencé à Nuremberg avec une investigation médicale »

Entre les droits de l’homme et l’éthique médicale, la filiation historique est directe. La publication des « Textes fondamentaux » (lire ci-dessous), depuis l’adoption de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’Assemblée générale de l’ONU, il y a 60 ans, le 10 décembre 1948, rappelle combien les concepts de santé sont intégrés dans ceux des droits de l’homme. Président de l’Espace éthique/AP-HP, Emmanuel Hirsch revient sur leur lien historique, avec le sursaut contre la barbarie nazie et le code de Nuremberg. Et il souligne combien chaque médecin s’honore aujourd’hui en inscrivant sa pratique dans une réflexion exigeante sur le respect des personnes et, en premier lieu, des plus vulnérables.

Le Quotidien du Médecin du 9/12/2008

États généraux de la bioéthique présidé par Jean Léonetti

États généraux de la bioéthique : le comité de pilotage au travail

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a donné aujourd'hui le top départ du comité de pilotage chargé d'organiser les états généraux de la bioéthique. Présidé par le Dr Jean Leonetti, auteur de la loi sur la fin de vie, ce comité comprend cinq autres membres : Marie-Thérèse Hermange (sénatrice UMP), Claudine Esper (juriste), Suzanne Rameix (philosophe), Alain Claeys (député PS) et le Dr Sadek Beloucif (président du conseil d'orientation de l'Agence de la biomédecine). « Trois femmes, trois hommes, aux sensibilités et aux parcours différents : la constitution de ce comité de pilotage est le premier signe de la diversité que nous souhaitons voir s'exprimer », a souligné la ministre.

Les états généraux porteront sur les thèmes de la loi de bioéthiqueø: la recherche sur l'embryon et les cellules souches, les greffes, l'assistance médicale à la procréation, la médecine prédictive, les diagnostics prénatal et préimplantatoire. « Nous ne partons pas de rien », a indiqué Jean Leonetti en faisant référence à loi de 2004 et aux travaux récents rendus sur le sujet par le Comité national d'éthique, l'Agence de la biomédecine, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques (OPESCT) et celui du Conseil d'État, à venir.

Des auditions publiques sont prévues, qui devraient être retransmises publiquement sur un site Internet dédié. Trois grands forums régionaux à visée pédagogiques seront proposés sans que l'on connaisse encore les régions élues. Une synthèse nationale clôturera les états généraux et le comité rendra sa copie au chef de l'État à la fin du mois de juin.

› S. H.

Quotimed.com, le 08/12/2008

04 décembre 2008

Prochaine réunion

ATTENTION

NOTRE PROCHAINE RENCONTRE à VANNES

Elle se tiendra le Lundi 5 janvier 2009

à Vannes à 14h30 :

SALLE COMMUNALE DE KERCADO
Place de Cuxhaven
(non loin du poste de police de Kercado)

Nous comptons sur vous.

Vous pouvez nous contacter au : 02.97.47.94.02 ou par mail : admd.morbihan@laposte.net

 

Jean Leonetti : "On doit supprimer la souffrance sans supprimer le malade"

Roberto : Pourquoi avoir refusé d'autoriser exceptionnellement l'euthanasie dans certains cas très choquants (par exemple, celui de Chantal Sébire) ?

Jean Leonetti : La question elle-même comprend l'ambiguïté de la situation. On dit bien "le cas très particulier", et on dit bien "à titre exceptionnel". Et on voit bien que le fait de dire que le cas est très particulier, et que c'est exceptionnel, rend extrêmement difficile le fait d'énoncer des critères suffisamment clairs et précis pour que l'exceptionnel reste exceptionnel, et pour que le cas personnel ne devienne pas une

 Le rapport Léonetti sur la fin de vie "accouche d'une souris"
Les faits Le rapport Leonetti rejette la légalisation de l'euthanasie
Reportage Vivre, jusqu'à la mort
Entretien Fin de vie : "il faut une approche progressive"
Eclairage Affaire Sébire : la justice s'oriente vers un classement sans suite 

Pour dire les choses autrement, la tumeur dont souffrait Chantal Sébire était rare, mais la situation dans laquelle elle se trouvait n'est pas exceptionnelle. Elle concerne presque tous les cancers de la sphère ORL, et dès que, à titre exceptionnel, on aurait satisfait cette demande de mort, viendrait une autre demande, tout aussi personnelle, qui se considérerait comme exceptionnelle.

La loi est faite pour dire la norme générale et s'appliquer à tous les citoyens. Rappelons deux choses : la phrase de Robert Badinter : "Il faut se défier des lois d'exception, surtout lorsqu'elles touchent aux valeurs fondamentales" ; et celle de Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) : "Ne proposez pas l'euthanasie exceptionnelle, la demande n'est pas exceptionnelle, elle doit être ouverte à tous".

Gérard Faure : À quoi sert une commission qui décide de ne rien changer ? Et qu'est-ce qui lui donne l'autorité de décider de la fin de vie des autres ?

Jean Leonetti : La commission ne s'est pas bornée à conforter la situation actuelle, et personne ne peut contester les avancées significatives qu'elle a ajoutées à la loi, déjà considérée par tous comme une avancée, et votée à l'unanimité par le Parlement. En effet, par ailleurs, personne ne peut décider à la place des autres.

Le suicide reste un droit-liberté, et l'assistance au suicide, sous certaines conditions, n'est pas non plus incriminé en France. Ce droit-liberté ne devient pas obligatoirement un droit-créance qui correspondrait au fait que la société ou le corps médical devraient répondre à la demande individuelle d'un choix personnel.

La Cour européenne des droits de l'homme a statué qu'il n'y a pas un droit à la mort équivalent à celui reconnu du droit à la vie.

Karim : Ne pensez-vous pas que, par tradition, la France ne pourra jamais donner satisfaction aux partisans de l'euthanasie ?

Jean Leonetti : Je ne pense pas que la tradition joue un rôle important dans ce domaine. La meilleure preuve, c'est qu'un pays comme l'Angleterre, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il ne partage pas la même histoire et les mêmes traditions, n'a pas non plus dépénalisé le droit de tuer par compassion. Sur le plan du progrès, je crois que les avancées sociales et de solidarité se retrouvent plus dans le développement des soins palliatifs que dans le développement de l'euthanasie.

Deux preuves : aux Pays-Bas, pays qui a légalisé depuis longtemps l'euthanasie, le développement des soins palliatifs fait considérablement diminuer la demande de mort ; par ailleurs, le professeur Goldwasser, qui est passé d'une pratique euthanasique il y a quelques dizaines d'années à une pratique de soins palliatifs, déclarait à propos de l'euthanasie : "C'est un ex-progrès devenu ringard." La modernité n'est pas la légalisation de l'euthanasie, mais le développement du prendre-soin.

HBO : Ne craignez-vous pas une radicalisation des "pro-euthanasie", conduisant à des dérapages en série. On tomberait ainsi dans une situation de clivage type, comme avec le débat sur l'avortement ?

Jean Leonetti : Malheureusement, ce que j'ai entendu du président de l'ADMD, bien avant que je remette mon rapport, montrait une volonté de radicalisation au travers de manifestations, en particulier le 2 novembre.

Pour ma part, je pense que les partisans de l'ADMD partent d'un vrai diagnostic : la souffrance et l'abandon trop fréquents dans notre pays en fin de vie, et aboutissent à une mauvaise solution : le droit à supprimer le malade pour supprimer la souffrance, alors que l'on doit supprimer la souffrance sans supprimer le malade.

Enfin, les situations et les dérives que j'ai constatées dans les pays étrangers visités, Suisse, Pays-Bas, Belgique, ne peuvent aujourd'hui être niées par personne, elles sont même confirmées par les gouvernements concernés.

Je continuerai pour ma part à essayer de prolonger un dialogue ouvert, en particulier avec ceux qui réclament un droit à mourir de peur de mal mourir.

Philippe B. : Je suis médecin, j'ai travaillé plusieurs années dans un service de cancérologie. Votre loi est parfaite, mais elle n'est pas appliquée partout, ce qui explique les réactions émotionnelles mises en exergue dans les médias. Certains médecins et chefs de service sont contre et les familles doivent alors trouver un médecin médiateur responsable. Comment faire face à ce problème ?

Jean Leonetti : Ce que vous dénoncez est une réalité. C'est la raison pour laquelle nous avons demandé dans nos propositions qu'un médecin référent, responsable de soins palliatifs, puisse être consulté à la demande du corps médical comme de la famille, dans ces situations de conflit.

Il pourra ainsi apporter son expertise et son rôle de médiation, et éventuellement, hospitaliser le patient dans un autre service si la situation conflictuelle s'avère inextricable.

Cet argument plaide en faveur de l'approfondissement d'une loi, qui est peu connue et mal appliquée, avant de la modifier.

Juju : N'avez-vous pas peur d'une application illégale de l'euthanasie à défaut de son autorisation ?

Jean Leonetti : Les autorités hollandaises répondent qu'il y a au moins 20 % d'euthanasies clandestines. C'est bien la preuve que l'autorisation de l'euthanasie n'empêche pas l'euthanasie clandestine. J'ai souhaité la mise en place d'un observatoire de la fin de vie pour que, au-delà des situations douloureuses, médiatiquement présentées, on pénètre réellement dans la réalité de la fin de vie dans notre pays.

On meurt mal en France, souvent seul, trop souvent encore avec des douleurs non calmées alors que cela serait possible. L'observatoire peut aussi faire connaître la face cachée de la fin de vie par des enquêtes anonymes qui nous apprendront la réalité des euthanasies clandestines, et peut-être les circonstances et les causes qui les provoquent.

Le plus souvent, malheureusement, il s'agit de l'incapacité pour le corps médical, qui n'y a pas été formé, d'aborder le problème de la mort.

MPPH : Pourquoi le congé de fin de vie est-il de quinze jours ? Cela correspond-il au temps qu'il faut pour mourir sous sédation terminale ?

Jean Leonetti : Il fallait bien réfléchir à une durée. Cette période a au moins le mérite de couvrir le temps habituel qu'il faut pour mourir accompagné lorsque la fin est proche à l'hôpital et que le patient désire mourir chez lui.

J'ai vécu dans ma profession deux périodes : une pendant laquelle les familles et les malades réclamaient quelques jours avant la fin de retourner à leur domicile, pour qu'elle se déroule dans un climat familial et familier. Je constate aujourd'hui que le processus inverse s'est mis en place, et que lorsque la fin de vie s'annonce au domicile, c'est à l'hôpital qu'elle se déroule pour les derniers jours.  Ce congé devrait au moins éviter l'obstacle des salariés en difficulté dans des circonstances d'accompagnement d'un proche.

 

03 décembre 2008

Loi Leonetti : les partisans de l'euthanasie montent au créneau

Le rapport d'évaluation de la loi de 2005 sur la fin de vie, qui rejette la légalisation de l'euthanasie, propose certains aménagements, dont la création d'un observatoire des pratiques médicales de la fin de vie chargé de faire connaître la législation et d'étudier la réalité des situations médicales. Un congé d'accompagnement, d'une durée de 15 jours, pourrait être mis à l'étude à titre expérimental, sous la forme de « congés payés ». Parallèlement, l'offre de soins palliatifs devrait être développée, avec des unités dans chaque région d'ici janvier 2010 et dans chaque département d'ici 2013. Des médecins référents en soins palliatifs pourraient intervenir « dans les cas litigieux ou les plus complexes ».

Concernant la « procédure pénale d'exception » demandée par des députés et certaines associations, le rapport indique que « la justice est d'ores et déjà en mesure d'utiliser les ressources de la procédure pénale pour absoudre ou juger avec mansuétude en fonction de chaque situation ». Gaëtan Gorce (PS), l'un des quatre participants à la mission d'évaluation, a indiqué qu'il jugeait ses propositions « insuffisantes », même si elles constituent « une amélioration du droit existant ». À cet égard, Jean Leonetti a tenu à rappeler que les députés « qu'il a voulu associer à cette mission » l'ont accompagnée « à titre personnel » et que le contenu du rapport n'engageait que le rapporteur.

Pour Jean-Luc Romero, le président de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), la mission Leonetti « accouche d'une souris avortée ». Il a annoncé l'organisation, mercredi 10 décembre, d'une rencontre de parlementaires prêts à travailler ensemble sur le sujet, autour des députés Laurent Fabius (PS) et Henriette Martinez (UMP) et des sénateurs Marie-Christine Blandin (Verts) et Alain Fouché (UMP), avec l'objectif de déposer une proposition de loi dans le cadre d'une niche parlementaire.

› STÉPHANIE HASENDAHL ( le Quotidien du médecin )

Quotimed.com, le 02/12/2008

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