23 juillet 2008

les lundis de la santé à Brest

 divers interventions dont celle de l'ADMD du Finistère

pour écouter :

http://www.forumsantebrest.net/spip.php?article160

22 juillet 2008

M. Leonetti : "La loi peut répondre à la demande de mort en fin de vie"

le gouvernement a chargé d'une mission de réévaluation de la loi sur la fin de vie du 22 avril 2005, Jean Leonetti, député (UMP, Alpes-Maritimes). Il dresse un bilan d'étape de ses travaux après trois mois d'auditions. Avec Gaëtan Gorce (PS, Nièvre), Michel Vaxès (PCF, Bouches-du-Rhône) et Olivier Jardé (Nouveau Centre, Somme), il rendra ses conclusions en octobre 2008.

26 SEPTEMBRE 2003. Décès de Vincent Humbert, ce jeune tétraplégique qui réclamait le droit de mourir, après que sa mère et son médecin lui ont fait une injection de barbituriques.
22 AVRIL 2005. Adoption de la loi sur la fin de vie, dite loi Leonetti. Elle proscrit l'acharnement thérapeutique, autorise l'arrêt des traitements quand le patient le demande et permet le soulagement de la douleur, au risque d'entraîner la mort.
17 MARS 2008. La justice refuse à Chantal Sébire, une patiente atteinte d'une tumeur incurable, le droit de se faire prescrire un produit létal.
19 MARS 2008 Chantal Sébire se suicide à l'aide d'un puissant barbiturique. Une enquête judiciaire est ouverte.
16 AVRIL. Premières auditions de la mission de réévaluation de la loi sur la fin de vie.

Que retirez-vous des auditions de médecins, juristes, philosophes et patients que vous avez menées depuis avril ?

La loi sur la fin de vie est encore très mal connue, même dans le milieu médical. Elle a été parfois mal comprise, dévoyée, voire détournée. Le fait que beaucoup de gens continuent à mourir en souffrant à l'hôpital, alors que la loi autorise le double effet, c'est-à-dire le fait de calmer quelqu'un même si cela entraîne la mort, est scandaleux. Je considère que dans l'affaire Pierra, du nom de ce jeune homme plongé en état végétatif qui a convulsé atrocement après avoir été débranché, on est dans une situation de "laisser crever". Dans la loi, on parlait de "laisser mourir", par opposition au faire mourir. A aucun moment, on a pensé que cela conduirait à un abandon.

 

Si la médecine décide d'arrêter les traitements, parce qu'elle estime qu'il n'y a plus rien à faire, il faut qu'elle aille jusqu'au bout de sa démarche et accompagne jusqu'à l'endormissement. Nous pouvons éviter les longues agonies pénibles, offertes en spectacle à des proches désemparés. Le médecin doit préserver la dignité du mourant : la sédation terminale n'est pas inscrite dans la loi ou le règlement, mais s'il faut l'écrire, on le fera.

 

Qu'en est-il de l'idée de créer une exception d'euthanasie, autorisée par un comité d'experts, pour les malades incurables qui réclament la mort ?

 

L'idée est séduisante, mais elle se heurte à plusieurs obstacles juridiques. De quel droit, des experts, placés au-dessus des citoyens, pourraient dire si une personne peut mourir ou non ? Et s'ils refusent, devant quelle instance faire appel ? Quant à instaurer une exception d'euthanasie a posteriori, pour les personnes qui auraient tué un proche par compassion, par exemple, les juristes y sont très réticents. Il nous paraît préférable de laisser aux juges l'opportunité de traiter ces affaires. Quitte à les aider dans leur réflexion, dans un dialogue avec des experts, pour que certaines affaires n'aillent pas jusqu'en cour d'assises.

 

Que répondre aux malades incurables qui réclament la mort ?

 

La demande de mort existe en France, il ne faut pas la nier. Mais, selon moi, quand elle s'exprime à quelques mois ou semaines de la fin de vie, la loi actuelle peut y répondre. Pourquoi accepter de tuer quelqu'un alors qu'on peut, avec l'arrêt des traitements et l'accompagnement sans douleur, lui offrir une fin de vie apaisée ? Au travers de la demande de mort, il faut entendre des appels à l'aide sur des souffrances qui peuvent et doivent être soulagées. Si la personne en fin de vie est entourée, accompagnée, si on lui ôte ce sentiment d'être inutile et néfaste à ses proches ou à la société, alors souvent, la demande de mort disparaît.

 

Et pour les cas comme Chantal Sébire, qui demandait la mort alors qu'elle n'était pas en fin de vie ?

 

Chantal Sébire refusait les soins, elle refusait toute hospitalisation et demandait en somme un suicide assisté. Or, à nos yeux, le suicide doit rester une liberté et non devenir un droit opposable. Car, si on ouvre cette porte, comment limiter et restreindre ce droit à la mort, comment le cantonner ? Une société qui donnerait la mort à tous ceux qui la demandent serait dans une situation extrêmement dangereuse. Je suis très réticent là-dessus.

Au-delà des cas exceptionnels, il ne faudrait pas occulter les "mal-morts" qui sont trop nombreuses en France. Un quart des personnes seulement meurent entourées de leurs proches à l'hôpital. Nous préconisons la création d'un observatoire sur la fin de vie, afin de savoir comment les personnes sont accompagnées, quels médicaments leur sont administrés. Nous devons utiliser tout l'éventail des possibilités thérapeutiques, afin que, pour chacun d'entre nous, la mort soit la plus sereine et apaisée possible.

Propos recueillis par Cécile Prieur

16 juillet 2008

Mère d’un polyhandicapé et meurtrière par «grand désespoir»

16/07/2008

SOCIÉTÉ - Elle a laissé un mot à sa fille. Où elle explique pourquoi elle voulait quitter ce monde et emmener avec elle son autre enfant, Pierre, 38 ans, polyhandicapé moteur et cérébral, dont elle s’occupait seule depuis la mort de son mari. Dans ce mot, elle demande pardon. Et évoque le fait de ne plus vouloir être une charge. Lundi, en fin de matinée, elle a pris une taie de traversin et a étranglé son fils. Puis elle s’est assise dans la baignoire pleine d’eau…

Elle est restée ainsi, prostrée, plusieurs heures. C’est ainsi que sa fille et son gendre l’ont trouvée en début d'après midi, dans la maison familiale de Claix, bourg rural et résidentiel sur les hauteurs de Grenoble (Isère).

Eliane D., 64 ans, a reconnu avoir tué son fils. «Elle ne pouvait plus s’occuper de lui, mais elle ne supportait pas l’idée qu’une institution le prenne en charge. Elle s’en était occupé toute sa vie et s’en sentait dépossédée», dit Jean-Yves Balestas, son avocat.

Abandon. En état de choc, Eliane D. a été brièvement hospitalisée avant d’être placée en garde à vue. Elle devrait être mise en examen aujourd’hui pour homicide volontaire. Le parquet ne devrait toutefois pas demander son placement en détention. Examinée hier par des psychiatres, son avocat aimerait qu’elle soit hospitalisée car il craint qu’elle soit déterminée à mettre fin à ses jours. Jean Philippe, le procureur de la République de Grenoble, évoque une femme en «état de choc», «dans un profond sentiment d’abandon». Selon lui, les premiers éléments d’audition et le mot écrit par Eliane D. laissent à supposer qu’elle envisageait de se suicider après avoir tué son fils. Il n’est pas question ici d’euthanasie. Juste d’un «grand désespoir», selon les mots du procureur. Son avocat parle «d’un geste de grande solitude».

Depuis la mort de son mari en janvier, Eliane D. ne voyait plus personne. Et passait ses journées seule avec son fils. Elle ne quittait guère sa maison, une bâtisse un peu isolée sur les hauteurs de Claix où elle et son époux s’étaient installés il y a une quinzaine d’années lorsqu’il avait pris sa retraite. Ils avaient quelques amis dans le village, sans plus. Passaient leur temps à s’occuper de Pierre. Un des voisins du chemin, Paul-Jean Gorgy avait auparavant l’habitude de leur rendre visite toutes les semaines. «Je montais, je disais bonjour au fils comme si c’était une personne vivante, ça leur faisait plaisir je crois. Mais depuis que le mari est mort, je n’ai plus vu personne. Cela a dû être très dur pour elle de devoir s’occuper du fils toute seule», explique le vieux monsieur. Le voisin n’a jamais posé de question sur la maladie de Pierre. Tout ce qu’il sait, c’est que «c’était une charge pour eux, même s’ils ne se plaignaient pas.»

Handicapé à 100 % depuis qu’il était bébé, Pierre D. ne parlait pas, ne marchait pas, ne se levait pas, ne mangeait pas seul… «Quand ils étaient encore tous les deux, parfois, ils arrivaient, en le tenant, à lui faire faire une petite promenade. Toute seule, elle ne pouvait plus.»

Etablissement. Depuis la mort du mari, la famille avait fait installer un lit médicalisé au milieu du séjour. Eliane ne pouvant porter son fils comme le faisait son mari. Une auxiliaire de vie venait aider un peu, «quelques heures par jour», selon le procureur. Francine, la fille, passait également régulièrement soutenir sa mère. Mais, jeune maman, elle aurait eu désormais un peu moins de temps, mais s’inquiétait de la prise en charge de son frère. Eliane levait Pierre, le nourrissait, le couchait. «Elle n’y arrivait plus», dit le procureur. Dernièrement, il avait été décidé de réfléchir à placer Pierre dans un établissement spécialisé pour l’accueil des polyhandicapés lourds, à Saint-Ismier, dans le même département. «La mère ne voulait pas en entendre parler, ils ont toujours voulu s’en occuper eux-mêmes», croit savoir le voisin. Ce n’était pas une question de moyens. Modeste, la famille n’était cependant pas dans le besoin.

Lundi, Francine, la fille, et son mari devaient justement passer à la maison de Claix prendre Pierre pour voir comment il pouvait être pris en charge. Lorsqu’ils sont arrivés, Pierre était déjà mort. Sa mère était dans la baignoire. Elle avait déjà écrit sa lettre d’adieu.

Alice Géraud, envoyée spéciale à Grenoble

08 juillet 2008

lettre à Gilles ANTONOWICZ


Lors de notre dernière réunion mensuelle du groupe de Vannes, nous avons évidemment parlé de votre démission. La réaction a été véhémente. Vous la trouverez en commentaire du titre "Je ne veux plus cautionner le suicide assisté" sur lefigaro.fr.
Quant à moi, rendu curieux de la façon dont Mireille Jospin avait mis fin à ses jours, vous m'avez donné l'idée de lire  "La dernière leçon" de Noëlle Chatelet, ce que je n'avais jamais fait. Il n'y a pas de mort plus digne, plus noble, même, de mon point de vue, que celle de Mireille Jospin. Je rêve de pouvoir aider mes enfants à faire le deuil de leur père comme elle a su donner cette dernière leçon à sa fille, en dépit du caractère fusionnel de la relation qui les liait..
Ces divergences philosophiques qui nous séparent, divergences qui sont proches de l'opposition radicale, stigmatisent la difficulté de trouver un projet de loi qui soit satisfaisant pour tout le monde.....Et pourtant, l'article 1er de l'ADMD n'a pas pris une seule ride en 28 ans. Il exprime EXACTEMENT ma vision - notre vision bretonne. Je m'interroge vraiment sur ce qu'il signifie pour vous.
Encore une fois, je ne vois rien de "l'utopie" et du "danger" que vous attribuez dans votre dernier mail au suicide assisté. Je suis vraiment avide de vous voir l'expliquer. Le suicide a le gros défaut de ne pas répondre à toutes les situations, les maladies de Charcot et autres paralysies motrices, mais il a l'avantage de répondre exactement à l'article 1 et d'esquiver les arguments les plus puissants, les plus déterminants, de nos adversaires:
- "tu ne tueras pas" (Christine Boutin )
- "la médecine n'est pas là pour tuer" (Rachida Dati et Roselyne Bachelot)
Je crois qu'il faut tenir compte des avis de nos gouvernant(e)s parce que bien rares sont les lois qui sont votées sans qu'ils(elles) les aient présentées.
Le suicide assisté, plus précisément la dépénalisation de l'assistance à un suicide humain préalablement légitimé, ce que vous avez demandé pour Chantal Sébire au Tribunal de Dijon, d'ailleurs, sera le premier pas, le moins difficile à franchir si on parvient à le démarquer du "droit de tuer". Depuis 1792 le suicide n'est plus un crime. Dès lors que la loi protège du suicide les plus fragiles et les plus démunis, tous les laïcs reconnaissent le droit au suicide au citoyen conscient et libre. N'est-ce pas parce que le droit à  l'euthanasie nuit au suicide assisté que nous tournons en rond depuis 25 ans et non pas l'inverse?
Telle est notre vision; mais s'il vous plait expliquez nous pourquoi vous la croyez erronée, tout aspect philosophique mis à part. Les arguments contradictoires ne peuvent venir que des contradicteurs, nous avons besoin de vous.
Merci.

 ADMD-Morbihan-Vannes

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