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08 juillet 2008

lettre à Gilles ANTONOWICZ


Lors de notre dernière réunion mensuelle du groupe de Vannes, nous avons évidemment parlé de votre démission. La réaction a été véhémente. Vous la trouverez en commentaire du titre "Je ne veux plus cautionner le suicide assisté" sur lefigaro.fr.
Quant à moi, rendu curieux de la façon dont Mireille Jospin avait mis fin à ses jours, vous m'avez donné l'idée de lire  "La dernière leçon" de Noëlle Chatelet, ce que je n'avais jamais fait. Il n'y a pas de mort plus digne, plus noble, même, de mon point de vue, que celle de Mireille Jospin. Je rêve de pouvoir aider mes enfants à faire le deuil de leur père comme elle a su donner cette dernière leçon à sa fille, en dépit du caractère fusionnel de la relation qui les liait..
Ces divergences philosophiques qui nous séparent, divergences qui sont proches de l'opposition radicale, stigmatisent la difficulté de trouver un projet de loi qui soit satisfaisant pour tout le monde.....Et pourtant, l'article 1er de l'ADMD n'a pas pris une seule ride en 28 ans. Il exprime EXACTEMENT ma vision - notre vision bretonne. Je m'interroge vraiment sur ce qu'il signifie pour vous.
Encore une fois, je ne vois rien de "l'utopie" et du "danger" que vous attribuez dans votre dernier mail au suicide assisté. Je suis vraiment avide de vous voir l'expliquer. Le suicide a le gros défaut de ne pas répondre à toutes les situations, les maladies de Charcot et autres paralysies motrices, mais il a l'avantage de répondre exactement à l'article 1 et d'esquiver les arguments les plus puissants, les plus déterminants, de nos adversaires:
- "tu ne tueras pas" (Christine Boutin )
- "la médecine n'est pas là pour tuer" (Rachida Dati et Roselyne Bachelot)
Je crois qu'il faut tenir compte des avis de nos gouvernant(e)s parce que bien rares sont les lois qui sont votées sans qu'ils(elles) les aient présentées.
Le suicide assisté, plus précisément la dépénalisation de l'assistance à un suicide humain préalablement légitimé, ce que vous avez demandé pour Chantal Sébire au Tribunal de Dijon, d'ailleurs, sera le premier pas, le moins difficile à franchir si on parvient à le démarquer du "droit de tuer". Depuis 1792 le suicide n'est plus un crime. Dès lors que la loi protège du suicide les plus fragiles et les plus démunis, tous les laïcs reconnaissent le droit au suicide au citoyen conscient et libre. N'est-ce pas parce que le droit à  l'euthanasie nuit au suicide assisté que nous tournons en rond depuis 25 ans et non pas l'inverse?
Telle est notre vision; mais s'il vous plait expliquez nous pourquoi vous la croyez erronée, tout aspect philosophique mis à part. Les arguments contradictoires ne peuvent venir que des contradicteurs, nous avons besoin de vous.
Merci.

 ADMD-Morbihan-Vannes

Commentaires

Gilles Antonowicz vient de m'accorder une longue communication téléphonique. Son argument, majeur, est d'ordre juridique, sous l'angle technique: il est selon lui impossible de rédiger une loi autorisant le suicide assisté en raison des risques de dérives incontrôlables qu'elle présenterait. "Aucun juriste ne peut écrire une telle loi". La société ne peut cautionner le suicide de personnes qui voudraient mourir pour un oui ou pour un non. La Suisse elle-même serait en train de travailler à la modification de sa législation. Seule peut s'envisager la légalisation de l'euthanasie de personnes en phase avancée ou terminale d'une affection incurable.
Me Antonowicz a réaffirmé que l'assistance au suicide n'était pas, contrairement à ce qu'a écrit le Président du Tribunal de Dijon dans sa décision (affaire Sebire), pénalisée en France. "Il faut relire les questions 54 à 60, pages 136 à 149 de "Fin de vie" qui développent le sujet". Je l'ai fait; ils sont tout à fait intéressants. Nous partageons lui et moi les mêmes indignations mais nous ne choisissons pas les mêmes solutions:
- Me Antonowicz souhaite faire légaliser l'euthanasie, la limitant aux situations médicales graves et inexorables, et en confiant la procédure aux équipes médicales hospitalières (voir son livre: "Moi, Hervé Pierra, ayant mis six jours pour mourir", pages 209 à 218). J'objecte les dérives qui sont dés à présent sous nos yeux.
- de mon côté, je souhaite que le suicide non-violent soit mis à portée des personnes qui satisfont aux critères de discernement, santé mentale, liberté de décision et réitération de la demande. Me Antonowicz objecte que ce n'est ni envisageable, ni traduisible en droit.
Je distingue l'euthanasie du suicide de la façon suivante: dans le suicide, l'acte qui aboutit à la mort est décidé, organisé et déclenché par l'intéressé, tandis que dans l'euthanasie il est décidé, organisé et déclenché par un tiers, en l'occurrence un médecin. Je soutiens que l'assistance au suicide, lorsque l'état de l'intéressé ne lui permet pas de procéder à un geste essentiel de l'acte (porter le verre à sa bouche par exemple) ne requalifie pas le suicide en euthanasie. C'est l'intention qui qualifie l'acte. Et il n'y aura pas l'hypocrisie de la loi du "double effet".

Ecrit par : Philippe BISSON | 09 juillet 2008

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