      
| rnaud : Concrètement, que propose la loi sur l'accompagnement en fin de vie ? Jean Leonetti : Aujourd'hui, concrètement, ce qu'il est possible de faire, c'est d'abord de supprimer toute souffrance physique ou morale en fin de vie, même si c'est au prix de raccourcir cette vie. Le principe est simple : la qualité de vie en fin de vie prime sur la durée de la vie. De manière concrète, cela signifie qu'on a le droit, et même le devoir, d'utiliser tous les moyens thérapeutiques possibles pour supprimer la souffrance, même si, par les produits utilisés ou par les doses utilisées, on est conscient que l'on hâte la mort. Sur le malade inconscient, on est en droit d'arrêter ou de ne pas mettre en œuvre des traitements qui apparaissent inutiles ou disproportionnés. Ou qui n'ont d'autre but que de maintenir le malade artificiellement en vie. Jen2604 : Pourquoi refusez-vous encore de rédiger un texte de loi permettant d'autoriser l'euthanasie active dès lors que le patient a été en mesure d'exprimer un consentement libre et éclairé, comme pour le cas de Chantal Sébire ? Jean Leonetti : Chantal Sébire était dans une situation que l'on peut beaucoup plus rapprocher d'une demande de suicide assisté que d'une euthanasie active. Donc sa demande, recevable en Suisse, l'est beaucoup moins en Hollande. La demande d'euthanasie, c'est une demande qui dit : Je suis en fin de vie, je souffre trop, je vous demande d'abréger mes souffrances. La demande de suicide assisté, c'est plutôt quelqu'un qui dit : La vie que je mène ne vaut pas à mes yeux la peine d'être vécue, et je vous demande de m'aider à me supprimer. Même si l'on voit qu'il existe des liens entre l'un et l'autre, le fait pour Chantal Sébire de refuser les soins palliatifs, de refuser les sédatifs, de refuser l'hospitalisation a mis la médecine devant l'impossibilité d'agir, puisque sa seule demande était une demande de mort. bric : Faire la différence entre "laisser mourir" et "faire mourir" est bien difficile parfois. Quand un médecin "débranche" par exemple un respirateur artificiel ou une sonde gastrique, comme la loi l'y autorise, on ne parle que de "laisser mourir" alors qu'il s'agit bel et bien d'un acte abrégeant délibérément une vie que l'on aurait pu encore prolonger... Jean Leonetti : La loi condamne l'acharnement thérapeutique et en même temps les traitements dont le seul but est le maintien artificiel de la vie. Elle permet donc désormais d'arrêter ces traitements, même si cela a pour conséquence la mort. Pour autant, même si le médecin qui arrête un respirateur n'ignore pas la conséquence de son acte, il ne provoque pas délibérément la mort par un acte médical, et respecte le code pénal français. Il ne s'agit pas d'une hypocrisie, mais bien, au contraire, de clarifier l'action médicale, ses limites et la proportionnalité du traitement mis en œuvre. Il est par ailleurs évident que l'interruption d'un traitement qui maintient en vie doit s'accompagner d'un traitement palliatif, le plus souvent une sédation profonde, qui évite au malade de s'étouffer, de s'angoisser ou de ressentir la faim ou la soif. carpediem : Etes-vous favorable à une loi d'exception, pour les cas comme celui de Chantal Sébire ? Jean Leonetti : Aucune loi, dans quelque domaine que ce soit, ne résout tous les problèmes. C'est la raison pour laquelle aucune loi n'est définitive, et tout texte peut être amélioré. En revanche, si l'on considère que la loi actuelle résout 95 à 99 % des cas de fin de vie, il faut s'entendre sur ce que serait éventuellement l'exception d'euthanasie. Cela correspondrait-il au droit au suicide assisté comme le prévoit la loi suisse ? à une procédure judiciaire particulière après un acte euthanasique qui permettrait à un juge de ne pas poursuivre les auteurs d'un homicide par compassion dans certaines circonstances ? ou s'agirait-il de la permission a priori de donner délibérément la mort à des patients pour lesquels les limites de la médecine, et en particulier des soins palliatifs, sont avouées par le corps médical ? On voit donc bien que chaque cas est un cas particulier, et qu'avant de modifier ou d'interpréter la loi, il convient de clarifier de manière précise l'intention d'éventuels nouveaux textes législatifs. Lol : Et a priori, pour vous, à quoi cela correspondrait-il ? Jean Leonetti : La mission qui m'a été confiée par le premier ministre est une mission d'évaluation de la loi actuelle, mais qui porte aussi sur les éventuelles modifications qui pourraient y être apportées. J'ai donc bien l'intention à la fois de mieux faire connaître et respecter le texte législatif en vigueur – malheureusement souvent mal connu et mal appliqué par une partie du corps médical lui-même –, mais aussi d'explorer sans a priori toutes les pistes et toutes les propositions, de quelque endroit qu'elles viennent. C'est cette méthode qui nous avait déjà permis de faire adopter un texte consensuel, et rien ne serait pire que d'avoir des certitudes personnelles, des a priori ou des interdits, qui rendraient vaines toutes capacités de lucidité dans l'évaluation ou les propositions. Nardo : L'euthanasie active existe chez nos voisins, qui sont des Etats de droit aussi recpectueux de la personne humaine que nous. Pourquoi ne pas s'inspirer de leur expérience ? Qu'est-ce qui nous différencie d'eux qui rendrait cette évolution dangereuse pour la société française ? Jean Leonetti : L'exemple le plus intéressant est l'exemple hollandais. A la fois sur la méthode utilisée et sur l'évolution de leur législation et de leurs mœurs. Lorsque nous nous sommes rendus en Hollande, nous nous sommes bien rendu compte que la loi de dépénalisation de l'euthanasie de 2001 avait été précédée de plusieurs étapes qui avaient obtenu le consensus de la population, ou du moins un large assentiment. En particulier, une étape avait consisté en des instructions données au parquet de ne pas poursuivre les cas d'euthanasie dans lesquels aucune intention égoïste n'était manifestée. |
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