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16 avril 2008
La mort n'est jamais une solution
OUEST FRANCE du 16/04/2008
Point de Vue
mercredi 16 avril 2008 par Jean-François Bouthors (*)
Lydie Debaine a tué sa fille Anne- Marie, 26 ans, handicapée motrice cérébrale, dont la santé se dégradait dramatiquement. L'avocat général
a demandé une peine de prison avec sursis. Il souhaitait à la fois maintenir l'interdit absolu de tuer et manifester la compréhension de
la justice devant une situation singulière, terriblement difficile, face à laquelle la société avait montré son impuissance. Mais le jury
de la cour d'assises du Val-d'Oise a rendu un verdict d'acquittement. Un verdict applaudi dans la salle.
Chacun se demandait, sans doute, s'il n'aurait pas agi pareillement. Comment faire face, jour après jour, à une telle épreuve ? L'état de la
jeune femme s'était terriblement aggravé depuis 2004, et aucune structure n'était plus en mesure de la prendre en charge. Juger, en de
telles circonstances, semble impraticable. Acquitter, c'est en quelque sorte ne pas juger.
C'est oublier que « le jugement de la justice » est d'un autre ordre. Il vise à qualifier un acte au regard de la loi, à le nommer avec
objectivité, en tenant aussi loin que possible les passions, afin d'assurer l'équité et l'égale dignité de tous.
L'acte de Mme Debaine n'était-il pas un meurtre volontaire et prémédité ? La vie de sa fille, parce qu'elle était gravement handicapée et
souffrante, valait-elle moins que celle d'une autre victime d'un meurtre ? L'interdit du « Tu ne tueras point » - qui est l'un des
piliers fondateurs des sociétés civilisées - peut-il être passé sous silence ?
Depuis vingt ans, dans la plupart des cas comparables, la justice procédait en deux temps : tout d'abord, elle réaffirmait qu'un meurtre
restait un meurtre, que tous les êtres humains sont égaux en dignité et en droit et, qu'à ce titre, les plus faibles méritent d'être protégés.
Ayant dit cela, elle adaptait la sentence pour montrer que, si les principes doivent être sauvegardés, l'honneur du juge consiste à les
appliquer avec humanité.
Cette fois-ci, on a le sentiment que le premier temps a été escamoté. Cela conforte la tendance de notre société à décriminaliser les «
homicides compassionnels ». Le problème, c'est que la compassion n'est pas une notion objective et qu'elle se manipule aisément.
Que peuvent penser, par exemple, les parents d'autres enfants gravement handicapés qui se battent, souvent seuls, pour leur permettre de vivre dans une société de plus en plus individualiste ? Comment peuvent-ils faire entendre qu'ils attendent une autre forme de compassion et de solidarité que le refus de juger ceux qui, au bout du rouleau, en viennent à penser qu'ils n'ont pas d'autre solution que de « donner la
mort » ?
Alors que le procès de Lydie Debaine était en cours, des médecins, réunis dans sept sociétés savantes, faisaient précisément savoir qu'ils
n'entendaient pas devenir ceux qui allaient donner la mort. Ils éagissaient ainsi à l'émotion soulevée par l'affaire Chantal Sébire et
aux sondages qui montraient une forte majorité de Français en faveur de l'euthanasie.
C'est qu'il semble bien que l'opinion soit en train de basculer et d'admettre la mort comme un moyen de résoudre des problèmes devant
lesquels elle se voit impuissante. En 1981, la France renonçait à la peine capitale. Robert Badinter avait réussi à faire passer l'idée que
tuer n'était jamais une solution. Un demi-siècle plus tard, ce n'est plus ce principe qui est en discussion, mais la question de savoir où
placer le curseur - et il n'a pas fini de glisser - pour dire à partir de quand la société peut accepter avec bonne conscience que la mort
soit donnée à quelqu'un. Quel recul !
(*) Éditeur et écrivain.
Jean-François Bouthors (*)
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Commentaires
Un jury populaire acquitte Lydie Debaine pendant que les magistrats de Dijon autopsient Chantal Sebire et cherchent à coincer l'âme compatissante (et courageuse) qui lui a procuré du pentothal. C'est toute la différence qu'il y a entre des hommes et une institution. Les premiers ont cherché à comprendre pendant que la seconde a bêtement et méchamment appliqué un code dont elle n'a pas compris le sens. Dans le Code de cette institution, les mots homicides, meurtres, assassinats ne font pas la différence
- entre celui qui tue quelqu'un qui ne veut pas mourir et celui qui donne la mort à quelqu'un qui la lui a demandée,
- entre l'homicide par amour, comme celui de Marie Humbert et les homicides de vengeance, comme ceux des chaises électriques américaines,
Dire que la mort n'est jamais une solution, c'est supposer qu'on a envisagé toutes les éventualités. Quel recul dans l'intelligence de la vie!
Ecrit par : Philippe BISSON | 17 avril 2008
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