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14 mars 2008
La requête de Chantal Sébire irrecevable ?
MEDECINE
Crédit Photo : Jeff Pachoud/AFP . Les réquisitions du procureur de la République de Dijon,
lors de l'audience de mercredi, sont allées dans le sens
du rejet de sa demande de "droit à mourir".
. Dénonçant "l'hypocrisie" entourant les douleurs de fin
de vie, cette quinquagénaire qui réclame le droit de
mourir affirme : "Je n'accepte plus la souffrance".
- le 14/03/2008 - 12h45
C'est un "non" de la justice qui se profile pour Chantal Sébire, qui a demandé le droit d'être euthanasiée. Le procureur de la
République de Dijon a requis "l'irrecevabilité de la requête" lors de l'audience en référé mercredi devant le président du TGI, a-ton
appris vendredi auprès du Parquet général. La décision devrait intervenir lundi... Mais Chantal Sébire refuse toute fin de nonrecevoir,
qu'elle vienne de la justice ou du gouvernement. "Je n'accepte plus la souffrance qui perdure", a-t-elle affirmé
vendredi matin sur RTL. Elle a évoqué le cas intenable dans lequel elle se trouve bloqué, "pas respectueux pour mes enfants,
pas respectueux pour moi-même". Cette quinquagénaire défigurée par une maladie incurable et évolutive, qui la conduit vers la
mort au milieu de terribles souffrances physiques et morales sans aucun espoir de rémission, affirme pourtant qu'elle "aime
vivre", qu'elle "aime faire la fête". Elle n'a rien d'une suicidaire. Mais, réclame-t-elle, "permettez-moi de m'endormir
définitivement". Et elle dénonce "l'hypocrisie" actuelle qui entoure les souffrances en fin de vie.
Pour l'heure, seule réponse officielle du gouvernement : le conseiller de Nicolas Sarkozy pour les questions de recherche et de
santé a contacté, à la demande du président, Chantal Sébire, et lui a proposé qu'un "nouvel avis médical" soit donné par un
collège de professionnels "pour que l'on s'assure ensemble que toutes les ressources de la médecin sont épuisées".
Désormais, si aucun autre choix ne lui est laissé, Chantal Sébire est prête à aller en Suisse, où le suicide assisté est autorisé.
Mais elle voudrait mourir chez elle, entourée des siens, et a saisi la justice pour en obtenir le droit. Cette requête "est une
première pour le monde judiciaire, mais nous ne demandons que l'application de la loi du 22 avril 2005 sur les droits des
malades, dite Loi Léonetti", assure son avocat, Me Gilles Antonowicz.
L'action de Chantal Sébire "confine à une impasse"
Or cette loi tend à instaurer un droit au "laisser mourir", sans permettre aux médecins de pratiquer une euthanasie active. Son
auteur, le député UMP Jean Léonetti, estime donc que "la demande formulée n'entre pas dans le cadre de la loi. C'est une
demande de suicide assisté, pas une demande d'accompagnement de fin de vie". Pour lui, l'action de Chantal Sébire "confine
à une impasse, car en réalité elle rompt le dialogue entre le corps médical et le malade. S'il y avait un dialogue apaisé avec les
médecins, on devrait trouver une solution apaisée". A demi-mot, l'élu des Alpes-Maritimes pointe du doigt le lobbying de
l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), qui estime que "la loi doit s'adapter aux cas particuliers".
Sur la même ligne, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot estime que "ni le monde médical, ni les pouvoirs publics ne
sauraient promouvoir l'euthanasie active", tout en se déclarant "bouleversée" par le cas de Chantal Sébire. Interrogée
vendredi matin sur LCI sur ce "droit de mourir", la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, Rama Yade, s'est dite "troublée,
touchée par les difficultés de cette femme", mais a affirmé ne pas pouvoir "porter un jugement simple" et s'est réfugiée
derrière la Convention européenne des droits de l'homme, qui mentionne explicitement le droit à la vie. Pas le droit à la mort...
"Elle a besoin d'être aidée"
Mais d'ores et déjà, Bernard Senet, un médecin généraliste du Vaucluse, membre de l'Association pour le droit de mourir dans la
dignité, a accepté d'aider Chantal Sébire à mourir, à condition que la justice le permette. Il s'en explique dans une interview que
publie le quotidien
Métro. "J'ai accepté, bien que nous habitions à 600 km de distance, d'être le médecin qui, si la justice le permet, se procurera
le produit et l'aidera à le prendre", déclare le Dr Senet.
"D'après la définition juridique, elle réclame un suicide assisté, c'est-à-dire que je lui prescrive et lui procure une dose létale,
qu'elle prendra quand elle le voudra, et sous mon contrôle", explique le médecin. "Mais, en réalité, Mme Sébire est aveugle, de
plus en plus handicapée et affaiblie par la maladie. Elle a besoin d'être aidée. On est donc à la limite entre le suicide assisté,
tel qu'il se pratique en Suisse, et l'euthanasie, comme en Belgique", poursuit-il. "Pour moi, c'est pareil. Ce qui compte, c'est que
les deux parties - médecin et patient - sachent que le produit ingéré va entraîner la mort".
D'après agence
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